Bovins du Québec, avril 1999, page 13

Une bonne régie de pâturage, ça rapporte…

Alain Fournier * alain.fournier@agr.gouv.qc.ca

La régie des pâturages est tellement importante pour une entreprise vache-veau qu'elle peut à elle seule faire la différence entre une année de vaches maigres (absence de bénéfices) et une année de vaches grasses (rentabilité de l'entreprise). Il est donc essentiel de réaliser rapidement l'importance de cette ressource si l'on veut demeurer longtemps en production.

Une expérience réalisée entre 1990 et 1992 à la station de recherche bovine d'Élora à Guelph en Ontario sera utilisée afin de démontrer l'intérêt d'une bonne régie de pâturage. Dans cette expérience, on vérifiait différents critères de productivité et d'efficacité de vaches de grosse ossature (Charolais, Simmentale et Maine-Anjou) et de moyenne ossature (Hereford, Angus, Gelbvieh, Pinzgauer et Tarentaise) réparties selon trois régimes d'alimentation différents.

Les régimes

Le premier régime consistait en un pâturage naturel de 60 acres divisé en 6 lots (en rotation). La seule régie appliquée à ce pâturage était de changer les vaches de lot lorsque l'herbe avait atteint 3 à 4 pouces de hauteur afin d'éviter la surpaissance. Le deuxième régime était un pâturage régis de façon intensive (en bandes) sur une superficie de 48 acres. Les couples vache-veau étaient introduits dans la parcelle lorsque l'herbe atteignait 8 à 10 pouces de haut et étaient retirés de la parcelle lorsque l'herbe avait une hauteur de 3 à 4 pouces. Le pâturage contenait un mélange amélioré de 6 graminées et de 2 à 3 légumineuses. On appliquait une fertilisation phosphorée et potassique à l'automne selon la fertilité du sol et une fertilisation azotée au printemps après deux cycles de paissance. Un troisième groupe de vaches était alimenté à l'intérieur de l'étable avec une ration à base d'ensilage de luzerne et les veaux étaient alimentés à la dérobée avec un mélange d'ensilage de luzerne et d'avoine. La ration servie à l'intérieur de l'étable a donné des résultats similaires à ceux de la stratégie de pâturage en bandes et ne seront pas présentés.

Les performances

Comme vous pouvez l'observer, une régie intensive de pâturage permet d'économiser des superficies (économie d'une acre par vache) ce qui peut s'avérer intéressant lorsque le prix d'achat ou de location des terres est élevé (tableau 1). Il est aussi possible de garder plus de vaches avec la même superficie, permettant d'accroître les revenus et d'améliorer la rentabilité de l'entreprise. Les vaches au pâturage en rotation ont subi une perte de poids au cours de la saison de paissance contrairement aux vaches au pâturage en bandes qui, elles, ont pris du poids. Cette perte de poids des vaches semble s'être reflétée au moment de la saillie puisque le taux de conception moyen des vaches au pâturage en rotation a été plus faible (76 %) comparativement au pâturage en régie intensive (83 %).

La production laitière moyenne pour les vaches des deux types d’ossature a aussi été plus élevée pour le pâturage en bandes (18 livres versus 20 livres), ce qui a eu des répercussions sur la performance des veaux allaités (tableau 2). Ces veaux obtenaient un taux de gain moyen de 10 % supérieur à ceux au pâturage en rotation ainsi qu’un poids ajusté à 200 jours au sevrage plus élevé de 75 livres (34 kg) en moyenne. Bien que les vaches de grosse ossature sèvrent des veaux plus lourds, le ratio poids moyen des veaux sevrés sur le poids moyen des vaches était plus élevé pour les vaches de plus petite ossature, indiquant ainsi une meilleure efficacité des vaches de ce groupe.

PATBQ versus Elora

Afin de démontrer l'intérêt économique d'améliorer la régie de ses pâturages, nous avons comparé les résultats moyens du PATBQ (vaches vêlées au printemps) avec la moyenne des deux catégories de régies de l'expérience décrites dans cet article (tableau 3). Le taux de chargement des vaches au PATBQ est fictif, puisque nous n'avons pas cette donnée compilée sur les rapports du PATBQ. Par contre, nous observons régulièrement un taux de chargement aussi élevé en raison du manque de régie associée au pâturage. Ce phénomène expliquerait en partie la faible performance des entreprises sur le PATBQ pour le taux de gain moyen des veaux avant sevrage durant la période de paissance.

Pour une superficie fixe de 100 acres, il est possible de garder plus de couples vache-veau lorsque le taux de chargement (acres/couple vache-veau) diminue; donc des profits qui s'accroissent avec l'amélioration de la régie des pâturages. Pour un poids ajusté au sevrage de 200 jours et un poids fixe à la naissance de 92 livres, il est possible de doubler le nombre de livres produites au sevrage avec l'utilisation d'une régie intensive de pâturage (51 626 livres au pâturage en bandes versus 19 536 livres au PATBQ). Une bonne régie de pâturage permet généralement de dégager des superficies au printemps pour la récolte de fourrages. Il faut également mentionner qu'une amélioration de la régie de ses superficies fourragères peut aussi permettre de pratiquement doubler ses rendements fourragers par l'utilisation d'une fertilisation raisonnée, de bonnes espèces fourragères et d'une très bonne stratégie de coupe (deux ou trois coupes). Les rendements obtenus dans le cadre du réseau de gestion EDER (3 tonnes de foin par hectare) sont loin du potentiel de 5 à 6 tonnes à l'hectare qu'il est possible d'aller chercher par une amélioration de sa régie fourragère.

Un revenu supplémentaire de 200 à 400 $ par vache par une meilleure gestion de ses pâturages est un pas important dans la bonne direction pour améliorer de manière substantielle la rentabilité d'une entreprise. Une régie intensive de ses pâturages est un investissement généralement peu coûteux et qui rapporte gros. Pour être en mesure d'effectuer une saine gestion de vos superficies fourragères, il n'y a rien de mieux que de s'asseoir avec votre conseiller pour planifier votre stratégie avant le début de la saison estivale. Il y a une mine d'or vert qui se cache dans vos pâturages… à vous de la découvrir.

* Agr., Conseiller en productions bovine et laitière, région Centre-du-Québec

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tableau 1

Performances laitière et reproductive de vaches

vêlant au printemps sur les trois années

 

PÂTURAGE

EN ROTATION

PÂTURAGE

EN BANDES

Ossature

Grosse

Moyenne

Grosse

Moyenne

Taux de chargement (acre/couple vache-veau)

2,2

2,2

1,2

1,2

Poids des vaches (lb)

1 488

1 312

1 561

1 334

Changements de poids (lb)

- 26

- 7

+ 33

+ 51

Production de lait (lb)

19,8

16,3

21,7

18,7

Taux de conception (%)

74

77

85

80

 

Tableau 2

Performance des veaux pour les trois années, 1990, 1991 et 1992

 

PÂTURAGE

EN ROTATION

PÂTURAGE

EN BANDES

Ossature

Grosse

Moyenne

Grosse

Moyenne

Taux de gain (lb/jr)

2,5

2,3

2,8

2,5

Poids ajusté 200 jours au sevrage (lb)

593

551

689

606

Lb de veau sevré/lb de vache

0,40

0,42

0,44

0,45

         

Tableau 3

Résultats économiques pour une superficie de 100 acres de pâturage

 

Résultats moyens au

PATBQ

(vêlages de printemps)

Pâturage en rotation

Pâturage en bandes

Taux de chargement (acre/vache)

2,7

2,2

1,2

Nombre de couple vache-veau

37

45

83

Poids naissance (lb)

92

92

92

Taux de gain des veaux (lb/jour)

2,18

2,40

2,65

Poids ajusté au sevrage (200 j)

528

572

622

Poids total de veau produit (lb)

19 536

25 740

51 626

Valeur des veaux au sevrage ($)

23 443

30 888

59 370

Différence de valeur avec PATBQ

0

7 445

35 927

Différence de valeur/vache

0

165

433

Note : le prix moyen des veaux est de 1,20 $/livre pour la strate de poids entre 500 et 600 livres et de 1,15 $/livre (moyenne de prix pour mâles et femelles).